Vulgarisation médicale

Qu’est-ce que le Covid Long ?

Si la prévalence du Covid long est connue (estimée entre 10 et 20 % des patients) l’hétérogénéité des cas pose encore de nombreuses questions.

Bannière le covid long
Logo intervenant Intervenant
Photo du Pr Dominique Salmon
Pr Dominique Salmon
Maladies infectieuses et tropicales, AP-HP, Paris

Conférence du 12 Janvier 2022

Pris dans le tourbillon de cette pandémie, nous n’avons qu’une vision parcellaire du Covid long. C’est pourquoi, il ne nous est pas possible aujourd’hui d’énoncer de vérités sur cette condition. Le temps est encore aux hypothèses et à la confrontation d’idées. 

Si la prévalence du Covid long est désormais connue (estimée entre 10 et 20 % des patients) l’hétérogénéité des cas pose encore de nombreuses questions. Les mécanismes physiopathologiques restent à élucider complètement et les approches thérapeutiques à être précisées.

« La fatigue, au sens anglo-saxon du terme, apparaît comme le signe le plus prévalent et le plus persistant du Covid long. Elle peut parfois confiner à l’épuisement voire au malaise. » Pr Dominique Salmon.

La physiopathologie

L’OMS donne la définition suivante du Covid long, issue du consensus DELPHI : « Le Covid long survient chez les personnes ayant eu une nouvelle infection confirmée ou probable par le SARS-COV-2, généralement trois mois après l’apparition de la Covid-19 et avec des symptômes qui durent au moins deux mois et ne peuvent être expliqués par un autre diagnostic. Les symptômes comprennent la fatigue, l’essoufflement, les dysfonctionnements cognitifs, mais aussi d’autres symptômes qui ont généralement un impact sur le fonctionnement quotidien. Ils peuvent apparaître rapidement, après le rétablissement initial de l’épisode aigu, ou persister depuis la maladie initiale. ».

D’après cette définition, le Covid long n’est pas une nouvelle maladie, mais un statut au sein du Covid, c’est-à-dire, une forme clinique. Cette définition pourra évoluer bien sûr en fonction de nos connaissances.

Symptômes prolongés versus séquelles post-hospitalisation

Les symptômes du Covid long touchent des personnes jeunes, en particulier des femmes (75 à 80%), et qui ont fait un Covid modéré. On oppose les symptômes prolongés aux séquelles des formes graves (qui touchent essentiellement des hommes âgés qui ont fait un Covid sévère). Il y a cependant un overlap entre les deux car les patients qui ont été hospitalisés ou en réanimation peuvent avoir des symptômes prolongés. Il faut cependant différencier ces syndromes des symptômes post-soins intensifs.

Après une hospitalisation, la persistance des symptômes est fréquente : 40% des patients rapportent encore une fatigue et 25% une dyspnée, entre autres signes. Les séquelles peuvent être très invalidantes.

Après un Covid ambulatoire, la persistance de symptômes semble moindre mais n’est pas inexistante. Une étude anglaise montre qu’après 12 semaines, 15% des patients ont encore des symptômes et ils sont encore 10% après 18 semaines.

A la différence des complications post-opératoires, les symptômes du Covid long diffèrent vraiment des symptômes à l’admission. Ce qui est très étonnant, c’est que les patients avec un Covid long présentent d’autres symptômes très particuliers : asthénie, douleurs thoraciques et cardiaques, signes neurologiques sensoriels ou cognitifs (voir détail des symptômes plus loin).

Les facteurs de risques associés au Covid long 

Parmi les facteurs de risque admis à présent et corroborés par plusieurs études, on retient :

  • Le sexe féminin : 78% de femmes (âge moyen : 46 ans)
  • Le nombre de symptômes après le Covid initial (toux + dyspnée + diarrhée, etc.) : plus il y a de symptômes, plus le risque de développer un Covid long est élevé
  • Le taux bas d’anticorps (démontré par un seul auteur)
  • L’indice de masse corporelle et l’âge (études à confirmer)

On note également que très peu de patients Covid long ont été hospitalisés pour le Covid initial. Il y a souvent un intervalle libre de 40 jours entre le 1er épisode et les signes prolongés.

Qu’en est-il des patients qui n’ont pas d’infection documentée (pas de PCR ou PCR négatif) ? En comparant des personnes qui ont un Covid documenté avec d’autres qui ont un Covid probable mais non documenté, on se rend compte que le profil des symptômes est similaire. Certains symptômes semblent même plus fréquents quand le Covid n’est pas documenté (signes cardio thoraciques, signes neurocognitifs, signes digestifs, vertiges). Une sérologie négative doit donc nous interroger, tout en gardant à l’esprit que d’autres virus peuvent circuler. 

Les symptômes du Covid long

La fatigue

La fatigue, au sens anglo-saxon du terme, apparaît comme le signe le plus prévalent et le plus persistant. Celle-ci, déclenchée par des efforts physiques ou intellectuels, peut parfois confiner à l’épuisement voire au malaise. On note pour conséquence une incapacité à réaliser plusieurs tâches à la fois ou des troubles de la mémoire immédiate.

Les signes neurologiques sont nombreux et leur prise en charge complexe

  • Céphalées
  • Troubles neuro cognitifs : troubles de la concentration, de l’attention, troubles de la mémoire immédiate, qui peuvent être très handicapants
  • Troubles sensitifs : fourmillements, brûlures, picotements, douleurs neurogènes
  • Troubles du sommeil
  • Troubles de l’équilibre 
  • Troubles dysautonomiques, difficiles à étiqueter : variations thermiques, troubles du sommeil, troubles de la déglutition, malaises, tachycardies posturales ou nocturnes

On se rend compte que les examens neurologiques de première intention sont peu contributifs et ne sont pas d’une grande aide car les résultats sont souvent normaux. Il est conseillé de faire des explorations beaucoup plus avancées.

Les symptômes pulmonaires et cardiaques, dont le principal est la dyspnée

La prise en charge des signes pulmonaires repose sur l’analyse des causes. Les patients évoquent souvent des douleurs pariétales (contractures des muscles intercostaux), des douleurs viscérales et des douleurs cardiologiques (péricardite, myocardite, syndrome coronarien aigu, embolie pulmonaire). 

Les symptômes digestifs

Ils sont observés chez 1/3 des patients (diarrhées motrices et non infectieuses, malaises post-prandiaux, nausées, etc.). Les patients rapportent également des signes neuro-végétatifs (satiété, troubles de la déglutition et sphinctériens) qui n’ont pas encore été vraiment explorés.

Les douleurs musculo-tendineuses et articulaires

Myalgies :

  • A type de contractures, sensation d’étau, tremblements, fatigabilité à l’effort 
  • Parfois une augmentation des CPK et des lactates

Les biopsies musculaires peu contributives : cas de myosite non spécifique 

  • Douleurs articulaires : plus souvent synovites ou tendinopathies qu’arthrites vraies.
  • Les signes cutanés

Les signes cutanés du Covid long, qui peuvent arriver en phase aiguë, peuvent être très déconcertants

  • Les plus fréquents : pseudo-engelures, urticaire, eczéma
  • Livédo
  • Desquamations des mains et des pieds
  • Ecchymoses spontanées
  • Épisodes brutaux de vaso-inflammation et vaso-rétraction chez un même patient, acrocyanose, gonflement de la langue, etc.

Les signes visuels

L’œil est une très bonne porte d’entrée sur le cerveau et sur la vascularisation, ce qui pourrait expliquer l’atteinte oculaire. Les plus fréquents sont : une sécheresse oculaire, des atteintes de la rétine, une vision trouble, plus ou moins déformée, une baisse de l’acuité visuelle, une gêne à la lumière, des douleurs oculaires.

Les symptômes psychologiques et psychiatriques

Les troubles anxieux et les états dépressifs sont fréquents :

  • Ils sont générés par l’imprévisibilité de la survenue des symptômes, la gêne provoquée, l’absence de réponses diagnostiques et thérapeutiques satisfaisantes
  • Un sentiment de désespoir quant aux chances de récupération à long terme peut s’installer chez certains patients
  • Une irritabilité inhabituelle est souvent rapportée et semble en lien avec l’atteinte virale elle-même ou avec ses conséquences.

L’évolution des symptômes

L’évolution des symptômes est lente mais plutôt favorable. Le suivi des malades est encore assez court car nous n’avons qu’un an de recul. Mais quelques chiffres doivent retenir notre attention :

Pour accéder à la suite de cet article

Vous n'êtes pas encore membre de la communauté Invivox for Business ? Créez votre compte en quelques secondes.

  • Restez informé des nouvelles tendances en santé !
  • Téléchargez toutes nos ressources inédites
  • Quelques secondes suffisent !

Illustration
Construire et valoriser un programme de formation en santé